
DJ ROBSON
R.B
Source : Hétéroclite n°2 mai 2006
UN ÉTRANGER PACSÉ À UN FRANÇAIS DOIT EN THÉORIE OBTENIR UN TITRE DE SÉJOUR, DÈS LORS QU’IL PEUT JUSTIFIER D’UN AN DE VIE COMMUNE AVEC SON COMPAGNON. EN THÉORIE SEULEMENT. LES CAS DE ROBSON ET DE TAOUFIK, EXPULSÉS APRÈS DES «LOUPÉS ADMINISTRATIFS», INQUIÈTENT LES ASSOCIATIONS.
La loi française ne serait-elle pas la même pour tous ? On peut sans doute s’interroger, suite aux expulsions successives qui ont eut lieu ces derniers mois. Deux jeunes étrangers, un brésilien et un marocain, pacsés à des français, ont été expulsés de France, en dépit des textes en vigueur. La séparation des couples est en effet contraire à la circulaire de Dominique de Villepin du 30 octobre 2004, qui prévoit qu’un étranger pacsé avec un Français obtient un titre de séjour dès lors qu’il peut justifier d’un an de vie commune. Le Parlement Européen a également réaffirmé le 18 janvier dernier que : «les partenaires de même sexe bénéficient du même respect, de la même dignité et de la même protection que le reste de la société». Mais c’est sans compter avec les 25 000 expulsions espérées par le ministre de l’Intérieur en 2006. Alors en pratique, cela se complique quelque peu et les associations tirent la sonnette d’alarme. Pour Act Up, la situation est simple : «en France, les droits au séjour ne sont pas les mêmes pour les couples binationaux pacsés et pour les couples mariés». Le cas de Robson et Philippe semblent donner raison à l’association. Le Dj brésilien, âgé de 28 ans et son compagnon vivaient en effet ensemble à Villeurbanne, depuis plus d’un an. Robson aurait donc dû logiquement bénéficier d’un titre de séjour. Mais la cour d’appel en a décidé autrement en contraignant le jeune homme à quitter le territoire, le 10 janvier dernier, arguant qu’il ne pouvait justifier d’une communauté de vie avec son compagnon. «On ne savait pas que Robson allait être expulsé. On est venu le chercher pour une audition à la Part Dieu, il est parti sans rien, ni vêtements, ni argent, ni papiers. Le lendemain, il était à l’aéroport de Saint Exupéry», raconte Philippe.
Pas la règle, l’exemple
L’histoire se répète avec Taoufik, marocain de 22 ans, expulsé alors qu’il résidait sur le territoire français depuis le 11 novembre 2003, avec un visa touristique. Il avait rencontré Etienne en 2004, avec qui il avait contracté un pacs en mars 2005. Scandalisées par ces méthodes, les associations se sont mobilisées. Act Up a envoyé une lettre à Nicolas Sarkosy et exigé le retour des deux hommes. Les media ont largement relayé l’information et finalement, l’Interassociative LGBT (lesbienne, gaie, bi et trans) a été reçue par le cabinet de Nicolas Sarkosy, le 9 mars dernier et a obtenu l’assurance «d’une résolution rapide de la situation, d’un retour en France et l’obtention d’un titre de séjour qui régularise la situation [de ces jeunes étrangers], dans les meilleurs délais». L’Inter-LGBT a déclaré que le ministre avait admis «un loupé administratif» dans le traitement de ces affaires. Philippe quant à lui a décidé de rejoindre Robson au Brésil pour tenter d’accélérer la procédure. Joint par téléphone, Robson a déclaré avoir obtenu un visa il y a quelques jours et souhaite «renter en France le plus vite possible», où une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale devrait lui être accordée. «Sans les associations, les choses auraient été bien plus compliquées», affirme Philippe qui réfléchit aujourd’hui à engager une procédure pour obtenir réparation. Si le couple devrait regagner la France sans problème, le cas de Taoufik demeure inquiétant. En effet, conformément au code pénal marocain qui condamne les pratiques homosexuelles, le jeune homme risque une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans dans son pays d’origine.
Dorothée AZNAR
Source : Heteroclite n°1 Avril 2006
Le 29 avril, 15 000 manifestants à Paris et plusieurs milliers d’autres à Amiens, Avignon, Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Colmar, Grenoble, Limoges, Marseille, Metz, Nancy, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Tours. Ailleurs aussi sans doute.
Le 1er mai, partout, des opposants au projet de loi sur l’immigration.
Le point culminant de l’opposition à ce projet, c’est maintenant la manifestation nationale du samedi 13 mai à 15h à Paris (rendez-vous place de la République).
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Après le CNE et le CPE, le gouvernement poursuit sa marche forcée vers la précarisation et l’inégalité des chances.
C’est le tour des étrangers. Des rafles massives à la couleur de la peau se multiplient partout en France ; une circulaire scandaleuse du 21 février dernier sur les conditions d’interpellation détaille les moyens de piéger les sans-papiers. Une loi sur la validité du mariage multiplie les obstacles aux mariages entre Français et étrangers. Le ministre de l’intérieur ne craint pas d’épouser les propos xénophobes de l’extrême droite stigmatisant les migrants. Le terrain est ainsi préparé pour faire passer ce nouveau projet de loi « relatif à l’immigration et à l’intégration ».
Derrière l’« immigration utile » se cache une conception archaïque de l’humanité selon laquelle certains êtres humains sont, par nature, les outils des autres.
Derrière l’« immigration subie », se cache l’idée que ces êtres humains n’ont pas de droits par eux-mêmes, que leur vie familiale, leur vie privée, leurs besoins de protection sont négligeables s’ils ne sont pas utiles à la prospérité de la France.
Si ce projet de loi était accepté :
la France deviendra un pays où les étrangers qualifiés de « subis » se verront refuser le droit à mener une vie familiale normale et au respect de la vie privée ;
la France deviendra un pays où les étrangers seront des outils de la prospérité nationale sélectionnés selon leurs compétences ou selon les besoins provisoires de l’économie et jetables après usage ;
les sans-papiers seront condamnés à la clandestinité à vie puisque le projet de loi supprime la régularisation des sans-papiers au bout de dix ans de présence en France ;
le travailleur migrant jetable sera souvent au mieux en situation marginale au regard droit du travail, au pire exclu ;
l’accès au séjour dépendra du bon vouloir du préfet ;
l’accès à un titre de séjour de longue durée, condition de l’intégration, sera soumis à des conditions inaccessibles en situation instable.
Comme le CPE, ce projet de loi
enfreint les droits fondamentaux et les principes constitutionnels
ouvre la voie à un projet de société précaire pour tous
doit être retiré
POUR LE RETRAIT DU PROJET DE LOI SUR L’IMMIGRATION SIGNER LA PÉTITION
Les revendications - Le pacs et le droit au séjour
Respecter le droit à une vie privée et familiale pour les couples binationaux
Taoufik, 22 ans, de nationalité marocaine, est pacsé avec Étienne depuis un an. Et surtout, cela fait deux ans qu'ils vivent ensemble. Les preuves qu'ils ont apportées de leur vie commune auraient dû lui permettre d'obtenir une carte de séjour pour rester en France avec son compagnon. Le préfet de la Côte-d'Or a préféré l'expulser, le 2 mars dernier. Un mois auparavant, Robson, un brésilien en couple depuis trois ans avec Philippe, subissait le même sort. Taoufik et Robson sont ainsi devenus les premiers gays pacsés expulsés.
Depuis avril 2002, les conditions du séjour des étrangers liés à un français par un pacs sont pourtant clarifiées. L'attribution d'un titre de séjour est conditionnée à la vérification des preuves d'une vie commune d'un an minimum : dès lors que le couple fait la démonstration de cette vie commune, le pacsé étranger obtient une carte de séjour, au nom du droit à une vie privée et familiale garantie par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Il avait certes fallu que l'Inter-LGBT et l'ARDHIS (Association pour la reconnaissance des personnes homosexuelles et transsexuelles à l'immigration et au séjour) interviennent de nombreuses fois auprès du ministère de l'Intérieur pour que les dispositions laissées par le gouvernement Jospin restent valides : ce fut chose faite en octobre 2004, par la publication d'une circulaire établissant noir sur blanc les règles en vigueur pour les couples pacsés binationaux.
Alors, pourquoi ces expulsions récentes ? Il faudrait croire à un « loupé administratif », selon un conseiller du ministre de l'Intérieur. Bien décidée à ce que ces deux expulsions ne deviennent pas des précédents, l'Inter-LGBT obtint en effet le 9 mars 2006 que Taoufik et Robson reviennent en France rapidement, et acquièrent un titre de séjour dès leur entrée sur le territoire français.
Et surtout, malgré le vote prochain d'une loi durcissant encore les conditions du séjour des étrangers en France, l'Inter-LGBT a exigé que la circulaire d'octobre 2004 soit au minimum réaffirmée. Les expulsions de Taoufik et de Robson ne doivent en effet rien au hasard : quand il s'agit de faire du chiffre en matière d'expulsion d'étrangers, il faut bien s'attendre à quelques « bavures », que la vigilance des associations avait jusque-là réussi à éviter.
Pour autant, cette promesse d'un statu quo - qui n'allait pas de soi eu égard aux tours de vis successifs en matière de droit de l'immigration depuis 2002 - n'est pas satisfaisante. En particulier parce qu'un étranger qui se pacse sans pour autant pouvoir justifier d'un an de vie commune devra revenir dans son pays d'origine à l'expiration de son visa, s'il veut rester en conformité avec la loi. Mais une fois le couple séparé, comment justifier ensuite d'une vie commune ? Sans compter les difficultés dans de nombreux d'États pour obtenir un visa et revenir en France, malgré le pacs…
C'est pourquoi l'Inter-LGBT demande :
> la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail pendant l'année « probatoire » réclamée aux couples binationaux ;
> le droit au visa long séjour pour les couples qui se constituent à l'étranger.
Lire la lettre ÉGALITÉ de l'Inter-LGBT pour faire gagner l'égalité en 2007
Les revendications - Le pacs et le droit au séjour
Respecter le droit à une vie privée et familiale
pour les couples binationaux
Taoufik, 22 ans, de nationalité marocaine, est pacsé avec Étienne depuis un an. Et surtout, cela fait deux ans qu'ils vivent ensemble. Les preuves qu'ils ont apportées de leur vie commune auraient dû lui permettre d'obtenir une carte de séjour pour rester en France avec son compagnon. Le préfet de la Côte-d'Or a préféré l'expulser, le 2 mars dernier. Un mois auparavant, Robson, un brésilien en couple depuis trois ans avec Philippe, subissait le même sort. Taoufik et Robson sont ainsi devenus les premiers gays pacsés expulsés.
Depuis avril 2002, les conditions du séjour des étrangers liés à un français par un pacs sont pourtant clarifiées. L'attribution d'un titre de séjour est conditionnée à la vérification des preuves d'une vie commune d'un an minimum : dès lors que le couple fait la démonstration de cette vie commune, le pacsé étranger obtient une carte de séjour, au nom du droit à une vie privée et familiale garantie par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Il avait certes fallu que l'Inter-LGBT et l'ARDHIS (Association pour la reconnaissance des personnes homosexuelles et transsexuelles à l'immigration et au séjour) interviennent de nombreuses fois auprès du ministère de l'Intérieur pour que les dispositions laissées par le gouvernement Jospin restent valides : ce fut chose faite en octobre 2004, par la publication d'une circulaire établissant noir sur blanc les règles en vigueur pour les couples pacsés binationaux.
Alors, pourquoi ces expulsions récentes ? Il faudrait croire à un « loupé administratif », selon un conseiller du ministre de l'Intérieur. Bien décidée à ce que ces deux expulsions ne deviennent pas des précédents, l'Inter-LGBT obtint en effet le 9 mars 2006 que Taoufik et Robson reviennent en France rapidement, et acquièrent un titre de séjour dès leur entrée sur le territoire français.
Et surtout, malgré le vote prochain d'une loi durcissant encore les conditions du séjour des étrangers en France, l'Inter-LGBT a exigé que la circulaire d'octobre 2004 soit au minimum réaffirmée. Les expulsions de Taoufik et de Robson ne doivent en effet rien au hasard : quand il s'agit de faire du chiffre en matière d'expulsion d'étrangers, il faut bien s'attendre à quelques « bavures », que la vigilance des associations avait jusque-là réussi à éviter.
Pour autant, cette promesse d'un statu quo - qui n'allait pas de soi eu égard aux tours de vis successifs en matière de droit de l'immigration depuis 2002 - n'est pas satisfaisante. En particulier parce qu'un étranger qui se pacse sans pour autant pouvoir justifier d'un an de vie commune devra revenir dans son pays d'origine à l'expiration de son visa, s'il veut rester en conformité avec la loi. Mais une fois le couple séparé, comment justifier ensuite d'une vie commune ? Sans compter les difficultés dans de nombreux d'États pour obtenir un visa et revenir en France, malgré le pacs…
C'est pourquoi l'Inter-LGBT demande :
> la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail pendant l'année « probatoire » réclamée aux couples binationaux ;
> le droit au visa long séjour pour les couples qui se constituent à l'étranger.
Lire la lettre ÉGALITÉ de l'Inter-LGBT pour faire gagner l'égalité en 2007
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